Dissertation Innovation Et Emploi

Re: Dissertation d'économie: innovation et croissance économ

par Pee » 02/12/2010 19:08

En fait, c'est un sujet assez compliqué en TES, parce qu'on a l'habitude de réfléchir sur le mode "I- Oui, II- Mais". Et pour ce sujet, ce n'est pas le plus pertinent. De fait, ta deuxième partie est faible, car 1) Schumpeter montre qu'en effet, la libération des ressources productives entraine du chômage (mais le lien avec la croissance est difficile à faire, même si évidemment, quand il y a du chômage, il y a moins de demande...), 2) L'analyse de Kondratieff ne se fait pas vraiment en terme d'innovation, mais d'investissement et de rareté relative du capital. Si on suit l'analyse de Schumpeter, c'est quand il n'y a plus d'innovation qu'il n'y a plus de croissance...

Réfléchis à articuler ton raisonnement selon d'autres plans, par exemple effets qualitatifs (innovation de procédé par ex)/effets quantitatifs (innovation de produit, innovation horizontale, ...), éventuellement, les effets mico (au niveau de l'entreprise, d'une branche... et macro sur la trajectoire de la croissance, les cycles (et la Schumpeter est le bienvenu!)...
Pee
 
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Commençons par une remarque de base: c’est un sujet qu’on a tous fait en SES au lycée ou en prépa ECE ! Et c’est toute la difficulté du sujet: comment faire pour avoir une bonne note quand tout le monde a déjà fait le sujet? La réponse est simple, il faut bourriner, avoir des pleines de références super précises (attention au name dropping) et surtout des idées/références un zeste originales. Garde cela à l’esprit dans ta méthodologie pour analyser un sujet. C’est crucial pour avoir une bonne note en économie en prépa.

 

 

C’est ce qu’on va voir ici. Je ne vais donc pas m’attarder sur SCHUMPETER (Théorie de l’évolution économique, 1912 ou encore Business Cycles, 1939), SAUVY (La Machine et le chômage, 1980) ou encore SOLOW (A Contribution to the theory of growth, 1956) qu’on peut s’amuser à relier à la loi d’OKUN !

 
Des éléments comme le luddisme, la révolte des Canuts doivent être maîtrisés. C’est la base. Pour info, l’expression “sabotage” vient de ces révoltes quand les ouvriers mettaient leurs sabots dans les machines pour les détruire.
On peut définir rapidement l’innovation comme l’application commerciale d’une invention. Attention l’innovation, le progrès technique et la productivité sont trois concepts séparés et différents ! Néanmoins dans le développement on peut les reprendre et utiliser les auteurs associés, par exemple SOLOW et la loi KALDOR-VERDOORN dans un sujet sur l’innovation ou SCHUMPETER sur le progrès technique.

 
L’emploi renvoie pour un individu le fait d’être occupé économiquement, autrement dit, d’exercer une activité professionnelle légale et rémunérée. L’emploi implique l’existence d’un contrat de travail (CDI, CDD, …). La norme pour l’emploi aujourd’hui est le salariat. Néanmoins on pourrait se pencher sur le cas des professionslibérales et des autoentrepreneurs (il y a en plus de 980 000 en France !). Avec les autoentrepreneurs on observe une mutation dans le marché du travail. Cette mutation épouse les tendances l’ubérisation des économies, de “disruption”, mais aussi plus largement de flexibilisation.

 
Historiquement il faut démarrer ce sujet avec la révolution industrielle. Rappelons que la révolution industrielle a entrainé la généralisation du “Factory system” (travail usinier) du salariat et l’apparition du chômage (recensement de 1893) , véritable “armée industrielle de réserve” au sens de MARX (Le Capital). On assiste évidemment à de violents conflits du travail au XIXe siècle dans les pays s’industrialisant: révolte des Canuts en 1831 et en 1834 ou la grande grève des mineurs de Decazeville en France en 1866. On peut lier ces évolutions aux innovations !
Mais on a aussi des “innovations” dans le domaine social: première forme d’état providence avec les réformes de BISMARCK dans les années 1880, légifération sur le marché du travail (loi GUIZOT de 1841, Loi WALDECK-ROUSSEAU de 1884) ou encore dans le domaine de l’éducation (lois FERRY).

 
Le XXe siècle est marqué par la généralisation du fordisme et l’apparition du compromis fordiste (expression de Michel AGLIETTA) et le règne de la grande entreprise qu’elle soit privée (GENERAL ELECTRICS) ou publique (SNCF). Les conditions de travail s’améliorent et les États jouent un rôle important dans l’innovation (MITI au Japon par exemple). Avec les années 1980 on démarrer la troisième révolution technologique avec les TIC. Dans le même moment, les économies nationales s’ouvrent dans la mondialisation et adoptent définitivement le capitalisme (chute de l’URSS, réformes progressives de DENG XIAOPING en Chine).

 
L’actualité témoigne des relations complexes entre innovation et emplois. Les startups et les entreprises du numérique créent de nombreuses innovations (ou surfent sur les innovations financées par la recherche publics et militaire comme le montre MAZZUCATO dans The Entrepreneurial State en 2013). La question est de savoir si les entreprises numériques qui captent une part croissante de la valeur ajoutée (ANDREESSEN, Why is Software Eating The World, 2011) arrivent à créer suffisamment d’emplois (COLIN & VERDIER, L’âge de la multitude, 2015). Rappelons que WHATSAPP qui a été racheté pour 22Mrd$ par FACEBOOK n’avait que 55 salariés… 22Mrd$ c’est plus de valeur économique que .. PEUGEOT PSA à la même époque, mais avec 150 000 salariés !! Il y a donc une question de volume d’emploi, mais aussi de qualité des emplois (contrat de travail, condition de travail, harcèlement, stress … ).

 
On semble aussi assister à une accélération des révolutions technologiques comme le montrait Ray KURZWEIL (responsable de l’intelligence artificielle chez GOOGLE). Il avait fallu 80 ans pour que 50% de la population ait une automobile, mais 70 ans pour le téléphone, 50ans pour électricité et que 20 ans pour Internet. Combien faudra-t-il de temps pour que 50% de la population mondiale dispose d’une intelligence artificielle (IA) à sa disposition? Que risque-t-on en termes d’emplois avec le développement des IA ? Les questions liées à l’IA sont politiques, sociales, culturelles et évidemment économiques. Laurent ALEXANDRE (auteur entre autres de Google Démocratie en 2011) nous montre qu’on se dirige vers une triple guerre des cerveaux:

  • Entre les cerveaux biologiques à l’heure où les IA vont remplacer de nombreuses professions peu qualifiées et qualifiées (comptable, chirurgien, radiologue, avocat …).
  • Entre les cerveaux biologiques et les IA. Pour Laurent ALEXANDRE, développer une complémentarité à l’IA reste la meilleure stratégie à moyen terme.
  • Entre les IA entre elles. Il estime que les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) vont former un oligopole de l’IA et créer des plateformes d’IA que les entreprises et individus pourront utiliser (tout comme on peut utiliser la plateforme publicitaire de Facebook aujourd’hui !).

On pourrait dire tellement plus … mais voyons le plan ensemble ! D’ailleurs, si tu n’as jamais lu ma méthodo pour analyser un sujet c’est le moment.
Je propose de faire un plan du type “Oui / Non / Actualité du problème”. Un plan chrono aurait pu être intéressant aussi. Souviens-toi qu’en économie aux concours BCE et Ecricome, les plans d’économie n’ont pas besoin d’être super compliqués. En revanche le contenu de la dissertation doit lui être pertinent et d’une précision chirurgicale !

 

Grand I : L’innovation représente un danger pour l’emploi

Sous-partie A: Quantitativement avec des destructions d’emploi (luddisme, IA, … )
Sous-partie B : Qualitativement avec l’exploitation des masses, l’abrutissement et une forme de servitude vis-à-vis de la machine (GRAMSCI)

 

Grand II: Néanmoins l’innovation représente pas forcément un danger pour l’emploi à condition d’opérer les ajustements nécessaires.

Sous-partie A: L’innovation n’est un danger que de manière transitoire: SCHUMPETER, déversement de SAUVY, SOLOW, OKUN
Sous-partie B: Néanmoins cela demande des ajustements et une action publique : formation de capital humain( BECKER, LUCAS), encadrement du marché du travail, sécurité sociale (ordonnance LAROQUE, NHS britannique, …).

 

Grand III : À l’heure de la révolution numérique et de l’ubérisation des économies, il faut repenser la relation entre innovation et emplois

Sous-partie A : Le numérique bouleverse l’organisation du travail
Sous-partie B : Des créations d’emplois encore incertaines

 

Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à consulter :

  • Tout le cours sur l’entreprise dans la masterclass
  • La partie III du cours sur les crises dans la masterclass
  • La partie III du cours sur la consommation dans la masterclas
  • Tout le cours sur l’entreprise dans la masterclass

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